Un peu d’histoire…
Scaër, 1923. Un soir d'hiver, une femme d’origine méridionale parle avec nostalgie à ses voisins du carnaval de son pays qui lui manque cruellement. Il est vrai qu’il n’existe alors rien de tel à Scaër. Les quelques scaërois présents l'écoutent attentivement et décident de lui faire une surprise en relevant le défi : créer de toutes pièces un carnaval à Scaër !
Quelques jours plus tard se réunirent pour la première fois ceux qui allaient créer le premier comité d'organisation du carnaval de Scaër.
La Mi-Carême était née ! Ce n'est que bien plus tard que ce carnaval prendra le nom de Cavalcade.
La toute première édition de la mi-carême scaëroise ne rassembla, certes, que trois chars, mais la fête était lancée ! Sur l'un de ces trois chars mythiques, on pouvait lire ces mots : "Vive la gaieté, la neurasthénie est un péché !" Une maxime qui devint en quelque sorte la devise de plusieurs générations de carnavaliers et qui révèle chez les scaërois un sens de la fête ancré de longue date ! Un état d’esprit qui valut d’ailleurs à la commune son surnom de « Scaër-la-joyeuse » !
Depuis cette année 1923, à l'exception des années de guerre, entre 1939 et 1945, le carnaval s’est poursuivi sans interruption et n’a cessé de gagner en ampleur et en qualité. Peu à peu, c’est la quasi-totalité de la population scaëroise qui s’est prise au jeu, pérennisant l’œuvre des pionniers.
Aujourd’hui, l'esprit festif et joyeux de la Mi-Carême des origines perdure sans la moindre baisse de régime depuis plus de quatre-vingts ans. Au contraire ! La qualité des réalisations s’améliore à chaque nouvelle édition.
La mi-carême est devenue la Cavalcade de Scaër. Cette nouvelle appellation fut choisie lorsque le carnaval déplaça son rendez-vous annuel de la mi-carême à la Pentecôte.
Depuis 1969 la Cavalcade se déroule tous les deux ans, les années impaires, les dimanche et lundi de Pentecôte.
Un rendez-vous biennal qui est devenu sans conteste, au fil des années, le premier carnaval de Bretagne.
Chaque édition attire des dizaines de milliers de spectateurs qui se pressent dans les rues de Scaër pour admirer les chars, les groupes et les fanfares. Les deux grands défilés des dimanche et lundi sont les moments forts du carnaval. En outre, une grande fête populaire a lieu chaque soir, réunissant public et carnavaliers. Il y règne une ambiance unique : après cinq heures de défilé, les carnavaliers, encore vêtus de leurs costumes, se détendent joyeusement, accoudés aux buvettes, au son des fanfares et des sonos, mêlés à la foule des spectateurs.
Carnavaliers et bénévoles
L’ensemble de la manifestation est assurée par plus de 2500 bénévoles uniquement mus par la passion de leur carnaval.
La construction des chars, la conception et la confection des costumes ainsi que la mise au point des chorégraphies nécessitent des milliers d'heures de travail acharné pour tous les volontaires passionnés qui y consacrent leurs soirées et leurs week-ends plusieurs mois durant.
Le bénévolat de l’ensemble des participants est sans doute l’un des secrets de la pérennité du carnaval de Scaër et du phénomène unique qu'il constitue.
En premier lieu parce qu’un spectacle de cette ampleur n’est en aucun cas à la portée des moyens financiers dont dispose une commune rurale d’un peu plus de 5000 habitants.
En outre, ce bénévolat a comme contrepartie la totale liberté laissée aux différentes associations de carnavaliers. Il leur est ainsi loisible de se constituer à leur guise, en groupes plus ou moins nombreux, par amitié et affinités. Ils peuvent également construire leurs chars comme bon leur semble, sans qu’aucun « thème général » ne soit imposé d’en haut, que ce soit par le comité d’organisation ou tout autre autorité.
Seule contrainte : la dimension des chars. Les rues de Scaër ne sont pas des autoroutes et le circuit du défilé est assez tortueux… Les dimensions maximales sont les suivantes : 5,50 m de haut, 10 m de long, 4,50 m de large. Comme le disait Paul Verlaine « les contraintes sont des leviers » ! Et l’essentiel, c’est que le spectacle soit beau !
L'organisation de la manifestation, quant à elle, est conduite par un comité appuyé, lui aussi, par un important réseau de bénévoles et le concours de la municipalité.
L’ambiance
Elle est unique ! Incomparable ! C’est la fête à l’état pur ! Attendue par tous les scaërois et tous les passionnés du « vrai » carnaval. Il faut bien comprendre que dans la commune de Scaër, tout le monde a participé, participe ou participera un jour à la Cavalcade ! Toutes générations confondues. Il est d’ailleurs à noter que la Cavalcade doit une grande part de sa vitalité et de sa chaleureuse exubérance au grand nombre de jeunes participants.
Quand vient le jour du carnaval, les quelque 2000 carnavaliers qui œuvrent fiévreusement dans leurs hangars depuis des mois ont à cœur de porter haut et fort les couleurs de leur groupe et de leur char. Tous entendent bien se montrer sous leur meilleur jour et se donner à fond !
Car ceux qui se pressent, revêtus de costumes chamarrés, dansant au son de musiques entraînantes autour des chars sont ceux-là mêmes qui les ont construits et peaufinés jusque dans le moindre détail. Chaque char est accompagné par des dizaines de carnavaliers costumés, enjoués et enthousiastes ! Et leur enthousiasme est communicatif ! Certains de ces groupes peuvent compter jusqu’à une centaine de personnes. Autant dire que l’animation est assurée !
Les chars
Les chars du carnaval de Scaër sont des réalisations de taille relativement importante (voir plus haut) alliant créativité, sens artistique, prouesses techniques et… Science empirique du recyclage d’objets et matériaux les plus divers ! Et pour cause ! Le budget dont dispose chaque char est en grande partie assuré par les cotisations – mais oui ! – de ceux qui le construisent. S’y ajoutent, fort heureusement, les prix attribués selon le classement des chars au palmarès final.
La construction d’un char de carnaval nécessite un vrai savoir-faire qui s’acquiert au contact des anciens, s’affine au fil du temps et des expériences et… ne s’apprend dans aucune école !
C’est une sorte de condensé de compétences diverses et complémentaires ; chacun, quel que soit son âge, son métier ou sa formation, y peut apporter son talent pour la réussite de l’ensemble. La construction d’un char est une œuvre véritablement collective, et en cela une expérience unique et formatrice.
Concrètement, chaque char est entièrement construit « autour » d’un véhicule support – tracteur, voiture, camion, bus, etc. – qui lui permet de se déplacer sur le défilé. Contrairement à ce qui se pratique dans de nombreux autres carnavals, à Scaër chaque équipe met un point d’honneur à ce que le véhicule présent sous le char demeure absolument invisible des spectateurs. Une manière de préserver la magie de ces constructions hétéroclites et bariolées qui sont autant de sculptures improbables et surdimensionnées, tour à tour baroques ou cocasses, voire franchement délirantes ! Il n’est que d’observer les yeux écarquillés des enfants, émerveillés par ces gros jouets bizarroïdes…
Un grand concours
Chaque groupe ou char fait l’objet d’un classement effectué par un jury indépendant composé de participants à d’autres carnavals du grand ouest, tels que Cholet ou Vitré. Ce classement, très attendu des carnavaliers, prend en compte de nombreux critères tels que : le thème, l’originalité, la qualité d’ensemble, l’humour, l’ambiance, les costumes, la qualité des chorégraphies… Les spectateurs sont également conviés à se prononcer pour le "Prix du public".